À Marseille, le restaurant de la prison des Baumettes révolutionne la vie carcérale

Reportage
"Ça nous rapproche de la sortie, de la vie normale" : à Marseille, le restaurant de la prison des Baumettes rencontre un franc succès depuis un an
Depuis un peu plus d'un an, 3 500 clients ont déjeuné aux "Beaux Mets", le restaurant ouvert dans la prison des Baumettes et dans lequel le service et la cuisine sont assurés par des détenus.

Une table atypique : “Les Beaux Mets”

Passer un grand portail rouge pour entrer dans un restaurant, c’est déjà atypique. Laisser son téléphone à l’entrée et passer par un détecteur à rayons X, c’est franchement inhabituel. Mais, lorsque vous êtes finalement assis à votre table, sur le deuxième étage d’un vénérable édifice de pierre, vous réalisez que vous êtes dans un restaurant pas comme les autres. Bienvenue dans “Les Beaux Mets”, un restaurant pas si éloigné de ce que vous pourriez trouver dans l’aéroport… Car c’est au sein même d’une prison que vous dégusterez votre repas.

Dans le ventre de la prison des Baumettes

Établi depuis un peu plus d’un an à l’intérieur des prison des Baumettes à Marseille, “Les Beaux Mets” est un lieu unique en son genre. Les convives, venus de libre, sont reçus pour déjeuner chaque dernier jour de la semaine. Mais laissez-moi vous révéler la cerise sur le gâteau : le service et la préparation des mets sont assurés par des détenus préparant leur réinsertion. Le concept a reçu un accueil enthousiaste depuis son lancement .

Offrir une seconde chance

Sous l’égide de Sandrine Sollier, cheffe dynamique, sept détenus arpentent la salle de restaurant ou peaufinent en cuisine, revêtus de leurs chemises blanches. Les règles de la maison sont strictes : tenue correcte, éloquence et prestance sont de rigueur. Un détenu de 26 ans, Leïla, prépare une purée à l’huile de menthe et nous partage son ressenti : “On a vraiment le sentiment de travailler dans un vrai restaurant, et ça nous rappelle ce que c’est que de vivre normalement, en dehors de la prison”

Un plongeon dans le monde réel

Fateh, juste âgé de 19 ans, est en charge de la préparation des cocktails sans alcool – la loi pénitentiaire reste la loi ! Et bien qu’il soit privé de cette note essentielle de la mixologie, il semble passer un bon moment. “Je prends plaisir à interagir avec les clients, à voir leur sourire…” témoigne-t-il. Son camarade, Fakri, a 20 ans et caresse le rêve de devenir serveur à sa sortie de prison. Il semble apprécier le climat bienveillant instauré par le restaurant : “Nous ne sommes pas des gens mauvais. Ça me motive vraiment!”

Une auberge de réinsertion

Comme l’explique Carole Guillerm, responsable du restaurant pour l’association Festin, l’objectif du restaurant est d’aider les détenus à se réinsérer dans la société en leur fournissant une expérience de travail significative. “Nous avons accompagné 41 personnes détenues jusqu’ici. Beaucoup ont trouvé un emploi ou ont poursuivi une formation après leur libération, nous les soutenons à la fois en prison et une fois dehors. Nous voulons montrer qu’il est possible de réaliser de grandes choses, peu importe d’où l’on vient ”. Les clients semblent avoir remarqué l’effort : plus de 3500 d’entre eux ont déjà fait le voyage à travers le grand portail rouge et savouré leur déjeuner aux “Beaux Mets” depuis son ouverture.